A mes enfants

Il est parfois des mots plus lourds que le silence,
Des aveux retenus par pudeur, par prudence.
J’ai gardé tant de fois, au seuil de nos regards,
Des mots que je portais sans trouver leur hasard.

Je vous ai parfois aimés dans une étrange absence,
Comme si l’aveu même était une souffrance.
J’aurais voulu trouver le chemin vers votre cœur,
Sans ces mots suspendus, sans cette fausse pudeur.

Les années ont passé sans effacer la trace
Des instants que le temps doucement nous efface.
Et je porte en secret, au fond de mes regrets,
Tous les mots que mon cœur n’a jamais su livrer.

Je sais que mon silence a pu sembler distance,
Ou laisser dans votre cœur le goût de l’indifférence.
Mais derrière mes silences, il n’y avait parfois
Qu’un père désarmé qui ne comprenait pas.

Si j’avais su les mots qui franchissent les années,
J’aurais parlé plus tôt de mes peurs obstinées.
Car l’amour d’un vieux père, au détour du temps,
Ne meurt pas du silence : il demeure autrement.

Alors, si quelquefois mon regard s’est détourné,
Ne croyez pas que mon cœur ait cessé de vous aimer.
Il est des sentiments que les lèvres ignorent :
Je vous aime en silence, et vous aimerai encore.

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